de Noël.
Cela faisait des jours déjà que brillaient les lumières de Noël. Paris n'a jamais autant mérité son nom de ville-Lumière qu'à l'approche de ces fêtes.
Comme d'habitude dans les magasins, c'est le même manège de gens se bousculant, entrant et sortant les bras chargés de cadeaux . C'est à qui offrira le plus beau!
Il y avait bien dans la foule quelques sans-abris qui marchaient pour se réchauffer, l'air de rien, semblant pourtant se diriger vers un but... D'autres osaient, en profitaient pour faire la manche : c'était Noël, la fête du partage, de l'Amour, il fallait être généreux! Quelques-uns donnaient une pièce et repartaient la conscience bien tranquille, d'autres encore feignaient de ne pas les voir;
restait à dénicher le cadeau qui plairait à la tante Ursule ou au petit copain du dessus.
Puis vint le fameux soir, cette nuit magique où le silence même semble nous parler, les mystères s'épaississent malgré une myriade d'étoiles qui scintillent,
jalouses de la concurrence que leur font ces milliards de petites lumières terrestres de toutes couleurs.
Pour ajouter cette féerie nocturne, la gelée très forte fait
miroiter mille cristaux accrochés de ci, de là. Des stalagmites pendent aux stores des magasins maintenant fermés. Mais cette magie personne ne la voit.
Dans les maisons, bien au chaud, les familles s'éclatent après avoir déposé les cadeaux sous le sapin. Elles sont passées à table et commencent à s'empiffrer .
Après les amuse-gueules qui portent bien leur nom, on gobe les huitres ou on s'attaque à l'énorme plat de fruit de mer. Il faut éplucher tout cela, c'est long mais qu'importe, on a le temps. La dinde au four finit de cuire.
Et dans chaque maison ce sont des explosions de rires et de bouchons !
Tout à coup, à la surprise générale, toutes les lumières s'éteignent, plongeant la nuit dans la tristesse : on ne voit plus rien, plus de sapin clignotant, la broche et le four se sont arrêtés...
Mais ce n'était qu'une panne, la lumière allait revenir!
On alluma des bougies et on décida que cela avait du charme aussi. On continua de dîner la dinde étant à peu près cuite !
Dans la pénombre, on avait du mal à savoir à qui étaient destinés les cadeaux et la distribution ne fut pas facile. Dans certains appartements, le froid commençait à se faire sentir car il n'y avait plus de chauffage et la coupure s'éternisait. Plus de télé, de musique, l'ambiance était gâchée et beaucoup pensaient déjà à rentrer.
Et c'est là qu'un événement surnaturel arriva: une boule de lumière rentra, traversa la pièce et ressortit.
Tout le monde se précipita pour voir où elle était partie
et, là, surprise ! Dans la rue, ils virent un sentier de lumière bleuté qui semblait les attendre !
En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, une foule curieuse, se retrouva dehors et suivit ce sentier. Ce fut un immense défilé ! On entendait des rires et des chansons, des exclamations : « C'est Jésus, Jésus est revenu, nous l'avons toujours dit qu'Il reviendrait ! Depuis le temps que nous l'attendions! » et des cantiques s'élevaient !
Ils marchèrent longtemps, ils ne sentait ni la fatigue, ni
le froid, enveloppés de lumière bleutée qui semblait les conduire . La joie était revenue! La joie et l'excitation, tant l'évènement avait de quoi surprendre . Qu'est-ce qui était en train de se passer ?
Ils marchèrent très longtemps. Le chemin de Lumière bleue
arriva en banlieue, les mena dans un garage désaffecté de
Seine-St Denis où elle les invita à entrer.
Tout au fond du garage dans l'ancien bureau vitré du garagiste, sur une couche improvisée, était étendue une belle jeune femme de couleur tenant dans ses bras un nourrisson.Au pied de la couche, à genoux sur une natte tressée, le papa, noir aussi, priait. Tous trois enveloppés de Lumière Bleue, nullement étonnés par cette intrusion, ni effrayés par cette foule, qui bouleversée, s'était agenouillée, émue.
Certains priaient silencieusement, d'autres s'exclamaient en pleurant:
- « Jésus ! Jésus, tu es revenu, nous t'attendions ! »
Avec un rire argentin de petit enfant, il répondit avec le visage grave de quelqu'un qui a la sagesse de l'âge:
« Pourquoi voulez-vous que je revienne puisque je ne vous ai jamais quittés ? N'ai-je pas dit que là où plusieurs seront réunis en mon nom , je serai au milieu d'eux ? Et même si vous êtes seuls, il suffit que votre pensée m'appelle et je suis là ! Je voyage à la vitesse de la pensée. Pourquoi voulez-vous que je revienne vivre au milieu de vous ? Vous voulez encore me sacrifier pour vous sauver ? Je vous ai laissé mon enseignement et qu'en faites- vous ? Vous avez transformé ma Parole comme cela vous arrangeait. Pour commencer, je ne suis pas Dieu, je suis son fils, Unique encore, puisque vous, fils de Dieu aussi, vous n'avez pu suivre mon exemple. C'est cet exemple qui vous sauvera et non ma mort, ce serait trop simple ! Ma mort et quelques actes de repentir et hop ! Vous recommencez à pêcher allègrement ! Ne vous ai-je pas dit aussi que l'on ne pouvait servir Dieu et l'argent ? Et voyez comment vous fêtez mon anniversaire ? Voyez comment vous vivez ? Cela me rend triste.... Je savais que cela serait difficile pour vous, aussi je vous avais confié à l'Eglise de Pierre car la pierre est ce qu'il y a de plus matériel mais elle a failli , elle aussi !
Heureusement qu'il y a ceux qui cherchent et qui trouvent
de l'Eglise de Jean mon Bien-Aimé, secrète, invisible et rattachée au Ciel.
Je suis venue sur terre pour accomplir ma mission : vous servir d'exemple en tout : comme moi et avec la Foi inébranlable en Dieu, vous pouvez guérir les malades, aimer votre prochain plus que vous-mêmes et porter votre croix avec résignation.
Je suis aussi vous apporter « la Bonne Nouvelle » celle de la Vie éternelle. Comme moi, vous ne mourrez jamais,
devenus simplement invisibles pour un temps.
Maintenant faites ce qu'il faut. Je vous ai dit aussi que ce que vous ferez au petit d'entre vos frères c'est à moi que vous le ferez ? Allez dans la Paix du Père et qu'Il vous bénisse. »
La voix avait retenti dans le garage et fit place au silence, la Lumière Bleue s'éteignit.
La foule se retira peu à peu, plongée dans le noir, elle dût retrouver la sortie en tâtonnant. On entendait des heurts, des chuchotements et quelques voix plus fortes mais beaucoup restaient muets de saisissement.
Dehors le froid mordait, le jour se levait; heureusement car à part ceux du quartier beaucoup de gens ignoraient où ils se trouvaient. Ils durent encore marcher, marcher, c'était le jour de Noël, un Noël qu'ils n'étaient pas prêts d'oublier.
Dans les jours qui suivirent, on essaya de retourner voir le petit Jésus noir. On retrouva le garage, le papa était
éboueur, musulman ; la maman, Miryam, femme de ménage était juive . Le jour de Noël, leur bébé succombait de « mort subite » du nourrisson.Il avait trop parlé sans doute !
Miryam avait reçu la visite de l'Archange Gabriel, il lui avait annoncé que Dieu lui enverrait un fils pour un bref passage. Pour elle, il ne faisait aucun doute que ce bébé était Jésus. Son mari croyait en l'ange Gabriel-nommé Gibril chez les musulmans- puisqu'il avait rendu visite à Mahomet et cet enfant ne pouvait-être que sa réincarnation
Ils se disputèrent bien en peu à ce sujet mais finalement,
Miryam dans sa grande sagesse déclara fièrement d'un mouvement d'épaules :
- »Jésus ou Mohamet c'est toujours un prophète que Dieu nous a envoyé ! »
Après cette expérience, quelques-uns furent transformés et essayèrent de devenir vraiment meilleurs : c'était très difficile !
Beaucoup pensèrent avoir rêvé ou avoir été abusé, c'était tellement plus simple ! Pourtant de temps en temps, le souvenir de la Lumière Bleue venait semer le doute dans leur esprit , alors ils accomplissaient une bonne action.....comme ça en passant.
D'autres continuèrent à espérer le Messie qu'ils attendaient depuis des millénaires déjà !
Finalement comme tous les prophètes dérangent et qu'ils sont trop pauvres pour qu'on les écoute, le monde continua de tourner ni pire ni meilleur qu'avant !!!!!
J J. Mjanaheiri